L'Opéra Garnier livré aux démolisseurs

Publié le par il faut le dire...et parfois le faire

L'Opéra Garnier et Lissner: Article de Sylvain Fort
Nous sommes toujours dans l'attente de la date du jugement sur le fond du tribunal administratif. Nous espérons qu'elle sera fixée avant la pause estivale.

Dans l'intervalle, la direction de l'Opéra de Paris a cru bon d'organiser mercredi dernier une opération de communication. Quelques journalistes supposés "amis" ont ainsi été convoqués pour assister à la démonstration par le directeur adjoint de l'Opéra, Monsieur Thiellay, d'une cloison coulissante.

Il va sans dire que les publications s'étant montrées hostiles à ce projet n'étaient pas invitées. Il a fallu que Didier Rykner, de La Tribune de l'Art, proteste officiellement pour obtenir accès à cette conférence de presse.

Devant une poignée de journalistes, Monsieur Thiellay s'est montré fier de manipuler lui-même cette cloison coulissante montée sur un rail, devant quelques directeurs de l'Opéra mobilisés pour la circonstance.

Deux leçons à retenir de cette opération :

1) Alors que les travaux devaient être, selon Monsieur Lissner, achevés en février 2016, ils sont loin d'être terminés. En réalité, nous en sommes au stade de la démonstration du prototype, qui aurait dû intervenir à l'automne dernier. Soit quatre à six mois de retard sur le chantier, avec l'inflation de coût que cela représente nécessairement. Il ne fait pas de doute que la pétition et les procédures ont contraint l'Opéra de Paris à apporter à la réalisation de ce prototype un soin plus grand qu'il n'était prévu, retardant d'autant un chantier qui aurait dû être expéditif.

2) La problématique des cloisons reste entière : le directeur adjoint a répété devant les journalistes l'intention de l'Opéra de les replier pour toutes les représentations, ce qui continuera d'affecter l'esthétique de la salle pour les spectateurs. A la question : "Les spectateurs ne viennent-ils pas pour voir la scène et non la salle?", la réponse est simple : si le Palais Garnier rencontre un succès aussi permanent quel que soit le spectacle, ce qui n'est en rien le cas de Bastille, c'est précisément parce que la salle attire et plaît - c'est du reste la raison même de l'initiative misérable de la direction d'y augmenter le nombre de places, puisque, comme on dit, "Garnier, ça fait le plein". C'est ce qu'on appelle martyriser la poule aux oeufs d'or.

Fort heureusement, les journalistes savent faire leur travail. Ainsi, plusieurs ont renoncé à rendre compte de cette séance d'autosatisfaction où, au passage, on tenta de mettre au crédit de l'actuelle direction la redécouverte des tapisseries d'origine, alors que cette redécouverte a été faite et appliquée depuis la direction d'Hugues Gall. On tenta également de leur faire croire que Garnier avait voulu des "cloisons amovibles", perpétuant la manipulation éhontée du texte de Garnier, qui parle de cloisons amovibles pour les baignoires mais non pour les loges.

A ce jour, "Le Parisien" seul a publié un article, et il fait largement droit aux arguments des opposants (lien ci-dessous). L'opération a ainsi tourné à un fiasco mérité, tant l'improvisation et l'enfumage en furent les maîtres-mots.

Nous attendons avec impatience que les opposants au projet soient invités par la direction de l'Opéra à une démonstration susceptible de les convaincre, mais il semble que cela ne soit pas au programme.

Le combat continue.

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