Dietrich Fischer Dieskau

Publié le par il faut le dire...et parfois le faire

Le grand baryton qui s'est éteint le 18 mai a été le premier interprète allemand à se produire en Israël en 1971. (Oliver Lang/AP/SIPA)

Ce qui était unique, chez le baryton Dietrich Fischer-Dieskau, qui vient de mourir le 18 mai à 87 ans, ce n’était pas son immense répertoire (du XVIIe siècle aux compositeurs d’aujourd’hui), ni sa brillante technique (notamment sa voix mixte, c’est-à-dire ce mélange de voix de tête et de voix de gorge, qu’il avait cultivé avec un art consommé), ni même ce timbre soyeux qui le faisait identifier immédiatement, non : ce qui était unique, c’est qu’il était un chanteur intelligent. Il ne vendait pas sa voix, mais un texte et une musique, qu’il avait compris jusque dans les plus infimes détails, dans les profondeurs les plus inexplorées, les allusions les plus fines.

Il savait où il devait aller, comme un tragédien qui sait dans la scène d’exposition ce que sera le dernier vers de la pièce. Le chef d’orchestre Emmanuel Krivine, qui avoue tout devoir au grand baryton allemand, dit en souriant : "Contrairement aux apparences, la musique se lit de droite à gauche..." Comme on l'imagine, de tels lecteurs ne sont pas légion le monde lyrique.

Un chanteur non pas viril, mais masculin

Cette intelligence aiguë – multipliée par ce don du ciel qui s’appelle une belle voix – a donc réalisé des prodiges ; et ces prodiges l’ont rendu fort : il était un des rares exemples, avec Fritz Wunderlich et quelques autres, à être un chanteur non pas viril, mais masculin. Puissant, et non capricieux, naturellement meneur, et non pas despotique, c’est-à-dire exigeant, impérieux – même avec Sviatoslav Richter, qui n’était pas précisément un mollasson.

Ensemble, ils ont laissé un enregistrement de concert (récital Schubert, Salzbourg, 1977, publié par Orfeo), qui reste un des plus beaux disques de chant jamais réalisés. Il avait écrit des livres, de vrais livres (sur Schumann, Schubert, Wagner et Nietzsche). Il peignait aussi, moins bien que Schoenberg, mais quand même. Il lisait, il savait. C’était un homme, un vrai.

Source : Nouvel Obs

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