LE BOUFFON, par D.Jamet

Publié le par il faut le dire...et parfois le faire

Monsieur Stéphane Guillon, « humoriste » de profession, n’a qu’un défaut.

Bien peu de chose, en vérité, si ce défaut, précisément compte tenu de cette profession, ne constituait pas une faute lourde : Monsieur Stéphane Guillon n’est pas drôle.

Monsieur Stéphane Guillon est mal embouché, Monsieur Stéphane Guillon est grossier,

Monsieur Stéphane Guillon, ne connaissant nulle borne, ignore toute limite,

Monsieur Stéphane Guillon, à l’image de la plupart de ses contemporains, « humoristes » de cabaret et de radio

qui abusent du micro que la recherche effrénée de l’audience à tout prix  met entre leurs mains, fait comme un enfant mal élevé dans la pornographie et la scatologie,

Monsieur Stéphane Guillon prend les plus basses injures pour des piques acérées et les plus grasses obscénités pour des audaces sémantiques. 

Monsieur Stéphane Guillon manie l’ironie avec la finesse et la subtilité d’un conducteur de bulldozer sur un chantier de démolition,

Monsieur Stéphane Guillon n’a jamais appris qu’il n’est pas d’humour sans auto-dérision,

Monsieur Stéphane Guillon ignore visiblement que s’en prendre aux mœurs ou au physique de ses cibles était traditionnellement tenu

pour l’apanage des polémistes de bas étage, premier sous-sol à l’extrême droite, bref, Monsieur Stéphane Guillon n’est pas drôle.

Tout cela étant dit, et qui devait être dit, il faut reconnaître que l’animal est loin d’être antipathique, qu’il lui arrive d’être vraiment insolent

(l’insolence, il faut le rappeler, va du bas vers le haut et du faible vers le fort), et que, l’œil pétillant, le cheveu en bataille, la mèche rebelle,

il lui arrive de viser juste et de frapper fort, fût-ce un peu en dessous de la ceinture.

A la lumière de ce que nous avons appris par la suite, on portera à son crédit l’attaque frontale et bien fondée

dont il gratifia Dominique Strauss-Kahn à l’époque où le « perv » était déjà quasiment le successeur désigné de l’actuel président de la République, audace qu’il paya, bien entendu de son licenciement.

Monsieur Stéphane Guillon se mariait l’autre jour. Il devait donc passer par la mairie. 

Quel ne fut pas son émoi lorsqu’ il constata de ses propres yeux que le portrait de Nicolas Sarkozy figurait dans la salle des mariages,

conformément à l’usage républicain qui honore, à travers le chef de l’Etat, le libre choix du peuple français.

C’était plus que Monsieur Guillon n’en pouvait supporter. Tolérant, mais pas trop. « Cachons ce nain que je ne saurais voir », s’écria l’humoriste.

Et de sortir de son chapeau une photographie de François Hollande qu’il substitua à celle de l’actuel président.

Ce choix sera peut-être celui des Français, mais seulement en mai prochain.

L’anecdote ne mérite pas qu’on s’y attarde plus que de raison, mais elle vaut qu’on la signale et qu’on la qualifie pour ce qu’elle est : une provocation enfantine, à la fois imbécile et choquante.

Tout d’abord, il n’y a pas de courage là où il n’y a pas de risque. 

Que Monsieur Stéphane Guillon, s’il sacrifie au rite du voyage de noces, se rende en Chine, en Syrie, en Iran, à Cuba ou au Vietnam, 

qu’il s’en prenne à l’image des dirigeants locaux, et nous saluerons son geste lorsque il reviendra parmi nous, d’ici quelques années. 

Sans même parler de ceux qui prenaient les armes, qui s’en prenait, en France, entre 1940 et 1944, au pavillon sinistre qui flottait sur la façade de l’hôtel Crillon ou au portrait du Führer, était un inconscient ou un héros.

Or, notre petit doigt nous dit que, Dieu merci, nous n’aurons pas à nous incliner sur la tombe de Monsieur Stéphane Guillon qui a juste eu droit aux rires complaisants de ses invités.

Stéphane Guillon comprend-il lui-même la signification et la portée de son petit geste ?

Nous rencontrons bien sûr lors de chaque campagne électorale, lors de chaque élection présidentielle, des gens, plus ou moins connus, plus ou moins sérieux,

plus ou moins respectables, qui nous disent dans le feu de la passion, de la colère ou de la crainte, que si tel candidat – Mitterrand avant-hier, Sarkozy en 2007, est élu, ils quitteront la France.

L’idée que si le choix librement exprimé d’un peuple, plus précisément de la majorité d’un peuple, ne nous convient pas, ce choix peut être contesté, est une idée profondément, authentiquement antidémocratique. 

Quoi que l’on pense de Monsieur Sarkozy, de sa personne, de sa politique, de son bilan, il est depuis mai 2007 et jusqu’en mai 2011 le représentant légitime du peuple français.

Je ne doute pas que Stéphane Guillon adhère aux valeurs que nous avons héritées de la Révolution et dont se réclame à l’occasion la gauche.

Monsieur Guillon se croit démocrate, il ne respecte pas la démocratie, Monsieur Guillon se croit républicain, il a cru faire une niche au président et n’a fait qu’un pied de nez à la République.

(Dominique JAMET – Atlantico)

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